
Le 24 novembre 2025, des sénateurs canadiens ont demandé l’interdiction nationale de la publicité pour les paris sportifs, invoquant la santé publique et la protection des jeunes.
Un appel formel adressé à Ottawa
Le 24 novembre 2025, un groupe multipartite de sénateurs a demandé au gouvernement fédéral d’interdire à l’échelle nationale toute publicité pour les paris sportifs. Dans une lettre adressée au premier ministre, ils invoquent des motifs de santé publique et la protection des jeunes, estimant que la présence accrue de ces annonces dans les médias et autour des événements sportifs normalise une pratique à risque pour une partie des joueurs.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’appels déjà lancés au cours des deux dernières années, alors que les campagnes liées aux paris sportifs se sont multipliées après la légalisation des paris sur événement unique au Canada. Les sénateurs estiment qu’un cadre fédéral plus strict est nécessaire pour harmoniser les règles et réduire l’exposition du public, en particulier des mineurs.
Ce que contient la demande des sénateurs
Les élus demandent un bannissement complet de la publicité pour les paris sportifs dans l’ensemble des médias et canaux: télévision, radio, plateformes numériques, affichage extérieur, sponsoring et présence dans les enceintes sportives. L’objectif déclaré est de faire reculer la pression commerciale, en particulier lors des retransmissions sportives très regardées.
Ils plaident pour une approche de type « santé publique », en s’appuyant sur des comparaisons internationales où des restrictions fortes ont déjà été mises en œuvre. Selon eux, seule une interdiction explicite et nationale permettrait d’éviter les disparités entre provinces et les contournements par des acteurs opérant en ligne.
Pourquoi maintenant?
Depuis l’entrée en vigueur des paris sportifs sur événement unique (2021) et l’ouverture à des opérateurs privés dans certaines juridictions (notamment en Ontario à partir de 2022), le volume publicitaire a fortement augmenté lors des matchs de hockey, de basketball ou de football. Des campagnes très visibles ont mobilisé des figures du sport et de la culture populaire, ce qui, selon les sénateurs, accroît l’attrait et la banalisation du pari auprès des publics les plus jeunes et des joueurs vulnérables.
Des professionnels de la santé et des organismes d’aide à la dépendance ont tiré la sonnette d’alarme, évoquant une hausse de la demande d’accompagnement et un lien perçu entre l’intensité de la publicité et l’initiation au pari. Dans ce contexte, les sénateurs estiment que des mesures ponctuelles ne suffisent plus et qu’un cadre fédéral est nécessaire pour réduire l’exposition.
Un contexte réglementaire déjà en mouvement
Si le débat s’intensifie au niveau fédéral, certaines autorités provinciales ont déjà serré la vis. En Ontario, le régulateur (AGCO) a interdit l’usage d’athlètes actifs et de célébrités susceptibles d’influencer les mineurs dans la publicité pour les jeux, à l’exception de messages strictement dédiés au jeu responsable. Par ailleurs, la promotion d’« incitations » (bonus, offres agressives) est surveillée de près, avec des restrictions sur la manière dont elles sont présentées au public.
Pour les sénateurs, ces mesures, bien que notables, ne répondent pas à l’ampleur du phénomène publicitaire au niveau canadien et ne suffisent pas à limiter les spillovers numériques et interprovinciaux.
Qui porte l’initiative
La nouvelle lettre a été emmenée par un groupe de sénateurs issus de différents groupes du Sénat, avec un rôle moteur joué par des élus de l’Atlantique et des provinces où les préoccupations de santé publique et de sécurité des jeunes sont particulièrement mises en avant. Le message est clair: Ottawa est prié d’agir sans attendre, en coordonnant les ministères concernés (Patrimoine, Santé, Justice) et le régulateur de la radiodiffusion pour encadrer les communications commerciales sur l’ensemble des supports.
Les contre-arguments de l’industrie
Les opérateurs de paris sportifs, les médias et certaines ligues sportive avancent plusieurs arguments:
- Canalisation vers l’offre légale: la publicité aiderait à distinguer les sites régulés des marchés illégaux, contribuant à un jeu plus sûr et taxé.
- Transparence et information: des communications encadrées permettraient d’éduquer le public sur les risques et les outils d’auto-contrôle.
- Économie du sport et des médias: les accords de sponsoring et d’achat d’espaces soutiennent des revenus importants pour les clubs, ligues et diffuseurs.
Du point de vue des opérateurs, une interdiction totale risquerait de déplacer l’attention vers des acteurs non autorisés, tout en fragilisant les modèles économiques des médias et des équipes. Ils plaident plutôt pour des restrictions ciblées et fondées sur des données probantes (horaires, contenus, ciblage), accompagnées d’investissements obligatoires dans la prévention et le traitement de l’addiction.
Quid de la compétence fédérale?
La question de l’assise juridique est centrale. Les provinces « conduisent et gèrent » la plupart des activités de jeux d’argent, mais le fédéral dispose d’outils pour encadrer la publicité via la radiodiffusion, la concurrence et des lois à portée nationale. L’exécutif pourrait s’appuyer sur des règlements en matière de radiodiffusion et de publicité pour limiter la promotion des paris sportifs, à l’instar d’autres secteurs sensibles (tabac hier, cannabis aujourd’hui), tout en respectant le partage des compétences.
Une telle initiative exigerait une coordination serrée avec les provinces afin d’éviter des contradictions entre régimes et d’assurer l’applicabilité sur les plateformes numériques basées hors du pays.
Ce que cela changerait concrètement
Pour les opérateurs et les affiliés
Une interdiction nationale contraindrait les opérateurs à réallouer leurs budgets marketing vers des canaux non publicitaires (SEO, CRM, partenariats non promotionnels) et accélérerait la consolidation du marché au bénéfice d’acteurs déjà installés. Les affiliés média devraient revoir leurs modèles, en mettant l’accent sur des contenus d’information non promotionnels et des comparatifs strictement conformes.
Pour les ligues, clubs et diffuseurs
La fin du sponsoring lié aux paris sportifs impliquerait une perte de revenus et la renégociation de contrats. Les diffuseurs seraient amenés à supprimer des spots et des habillages antenne, et à revoir la commercialisation des écrans pendant les matchs, avec un impact immédiat sur la grille tarifaire.
Pour la prévention et la recherche
Les sénateurs appellent à renforcer la prévention du jeu excessif, via des messages neutres et des programmes d’éducation financière, et à soutenir la recherche indépendante sur les effets de la publicité et l’efficacité des mesures d’encadrement. Un volet de financement dédié pourrait être envisagé, adossé à des contributions de l’industrie.
Les prochaines étapes
Au moment de la publication, le gouvernement n’avait pas encore dévoilé de calendrier législatif. Plusieurs scénarios sont possibles:
- mandater rapidement les autorités de la radiodiffusion pour proposer un règlement limitant ou prohibant la publicité de paris sportifs;
- déposer un projet de loi établissant un cadre fédéral sur ces communications, avec des sanctions harmonisées;
- lancer une consultation publique auprès des provinces, régulateurs, opérateurs, médias, ligues et organismes de santé pour bâtir un compromis.
Dans tous les cas, un délai d’adaptation serait sans doute prévu pour la sortie des campagnes en cours et la renégociation des partenariats commerciaux.
À retenir pour l’écosystème iGaming
- Risque réglementaire élevé: un bannissement publicitaire national bouleverserait les stratégies d’acquisition.
- Accent sur la conformité: les messages de jeu responsable et l’information neutre deviendront centraux.
- Réallocation budgétaire: plus de CRM, fidélisation et partenariats éditoriaux sans incitations.
- Surveillance accrue: possible intensification des contrôles sur les contenus numériques et les réseaux sociaux.
Le débat gagne donc en intensité à Ottawa. Entre impératifs de santé publique et considérations économiques, la balle est désormais dans le camp du gouvernement. La réponse d’Ottawa aux requêtes du 24 novembre 2025 indiquera l’orientation fédérale pour 2026 et au-delà.










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